vendredi 6 mars 2015

The Duff, moi, Jeanne-Aurore, et l’hystérie du makeover movie


Le film de makeover : c’est notre genre de prédilection, à Jeanne-Aurore et à moi. Ces comédies souvent ricaines, souvent teens, dans lesquelles le vilain petit canard, en général une fille, va se transformer en cygne, mais un cygne à la fois canon et sympa. La scène finale de Grease est un makeover mythe, il y a évidemment les My Fair Lady et autres Pretty Woman, même si personnellement, je mets Mean Girls avec Lindsay Lohan au Panthéon du genre, et probablement aussi, bien que je ne l’ai pas revu depuis sa sortie en 1999, Elle est trop bien, starring Rachael Leigh Cook et Freddie Prinze Jr.

Et puis peut-être aujourd’hui, The Duff. Il vient de sortir aux Etats-Unis, mais je ne le vois pas annoncé pour la France… Dommage, car c’est vraiment très très chouette ! Enfin, pas forcément pour le commun des mortels (bien qu’il y ait de pures scènes à se tordre, notamment celles avec Ken Jeong, l’acteur survolté de Very Bad Trip), mais pour les hystériques du makeover movie. Comme moi.

Un « Duff », apprend-on au début du film, est un « Designated Ugly Fat Friend », c’est-à-dire, dans un groupe, le copain ou la copine moche de service, qui est là pour mettre en valeur les autres, et aussi pour servir de guichet d’entrée (car il est plus facile d’aller aborder un Duff et de lui demander des infos sur la fille de ses rêves, que de tout simplement aller parler à la fille de ses rêves). PS : je lis sur Wikipédia qu’en québécois, Duff a été traduit par « Dodue Utile Franchement Fade » ;)

Donc un jour, Bianca, brunette, rigolote, et mal fagotée, découvre non seulement le concept du Duff, mais aussi qu’elle en est une. Ni une ni deux, elle demande à son voisin, un bellâtre un peu relou, super bon en sport, nul en sciences, de lui donner des conseils, en échange de quoi elle l’aide à se dépatouiller pour ses maths. Là, il y a une scène façon La Boum (Sophie Marceau qui essaie mille et une tenues), façon Pretty Woman (Julia Roberts qui essaie mille et une tenues), durant laquelle l’héroïne essaie, bon, mille et une tenues, mais on se demande un peu pourquoi, tant elles sont aussi atroces les unes que les autres : des jupes ras le bonbon, des bustiers rikikis, des trucs en stretch et à fleurs. C’est hyper exagéré, et en fait assez nul.

Pourtant, la suite est un petit peu plus subtile. Ce que j’aime bien dans ce film, c’est qu’il vise à rester plutôt juste. Bianca ne lâche pas comme ça ses salopettes en jean (qu’elle continue de porter tout le film) et ses Docs, c’est juste qu’elle les met de manière un brin plus féminine (sans un t-shirt XXL en-dessous, par exemple). La scène où elle sort les talons aiguilles, à l’américaine, son voisin lui dit que bien sûr qu’elle est belle… mais qu’elle n’a plus l’air d’être « elle ». Et vlan pour Sandy de Grease, qui se coule si facilement dans un legging cuir et des mules talonnées tellement à l’opposé du look fillette qu’elle portait juste avant. Mine de rien, c’est un point de vue assez nouveau pour le film de makeover, où le challenge consiste en général à enfin plaire aux autres. Ici, Bianca a surtout besoin de se plaire à elle-même. 

A part ça, comme dans toute comédie de makeover qui se respecte, il y aura des tâtonnements, des moments de découragement, le Pygmalion va tomber amoureux de sa créature (tant mieux, car ils sont super mignons tous les deux), et surtout, le final va se dérouler au bal de l’école et faire péter la méga robe (séquence de do-it-yourself pompée sur Pretty in Pink). (J’en profite pour faire un autre PS : pour les geeks de Pretty in Pink, voici un lien qui recense toutes les tenues de Molly Ringwald dans le film.)

Donc voilà, The Duff est le perfect makeover movie pour celle qui a toujours quinze ans dans sa tête et rêve qu’un prince charmant déboule pour lui offrir une garde-robe clé en main ;) Mais au fait… Jeanne-Aurore, tu ne m’avais pas annoncé une rubrique qui détaillerait tes films de makeover favoris sur ce blog ?! 

Laure

mercredi 4 mars 2015

Nouvelles jupes, nouvelle longueur


Je vous raconte ma vie : ce matin, j’écris un mail à Jeanne-Aurore dans lequel je lui mentionne ma nouvelle jupe que j’adore, et là, je la sens offusquée sur son clavier à l’autre bout du globe, car comment comment, je n’en ai pas parlé sur le blog ? Réparons immédiatement cet oubli grossier. 

Cette jupe, je l’ai trouvée dans mon magasin d’occase favori à Los Angeles, Crossroads Trading Co, au bout d’une bonne heure de recherche et au moins autant d’essayages, et en fait, elle correspond à une très très longue quête : celle de la jupe que portait Kate Moss sur une photo d’il y a une dizaine d’années. Jeanne-Aurore cherchait exactement la même, à l’époque. Droite, très longue, grise, sans chichis, casual mais avec une espèce de truc super bohème… Je ne l’avais jamais trouvée, même pas un petit peu, donc je n’y pensais même plus, quand je suis tombée sur un modèle assez similaire. Il est de la marque japonaise Sacai, assez luxe, donc du coup, le tissu est extraordinaire, doux, doublé, avec des finitions qui le rendent tellement agréable à porter. Avec des Converse, et une marinière, ou mon t-shirt Elvis : c’est parfait pour les rues de L.A (propres. C’est sûr que comme elle peut facilement toucher le sol, j’éviterai de la porter à Paris).

En recherchant la photo de Kate (je préfère vous mettre une photo de Kate Moss qu’une photo de moi ;)), je me suis aperçue que j’avais aussi acheté au même endroit, il y a un peu plus longtemps (et… oups, je n’en avais déjà pas parlé sur le blog ;)), une robe semblable à celle qu’elle porte sur la photo de droite : encore une fois très longue, très couvrante, avec des manches et un col rond, toute en laine grise, moulante en haut et évasée en bas. La mienne est de Michael Kors, une marque capable du pire comme du meilleur, et en l’occurrence, la robe est d’une très belle qualité. J’avoue que j’ai tendance à y ajouter une grosse ceinture, car sinon, je ressemble moins à Kate Moss qu’à une nonne.

En tout cas, cela me fait songer que s’il y a une chose qui a changé dans mon style à L.A, c’est probablement la longueur de mes ourlets. Mais est-ce dû à la ville, ou juste à l’air du temps ? Je délaisse un peu mes jupes au genou, la hippie vibe locale me portant plutôt vers des longs jupons que j’ai cela dit toujours adoré. On va méditer ça, et en attendant, promis, je penserai à raconter mes nouvelles jupes sur ce blog ;)

Laure

Edit : Jeanne-Aurore me dit qu'elle préfère me voir moi que Kate Moss ;) Donc, photo de moi et ma jupe grise, courtesy of ma belle-mère, qui est derrière l'appareil.




vendredi 27 février 2015

Question-réponse : encore plus de bijoux…


Jeanne-Aurore à Laure (en fin d’un de ses derniers posts) : Mais au fait, toi, Laure, ça ne te dirait pas de nous parler de ton propre rapport aux bijoux ?

Laure à Jeanne-Aurore : Si ;) Comme toi Jeanne-Aurore, comme toute fille qui a eu vingt ans dans les années 90 peut-être, j’ai eu ma période « long sautoir porté sur un t-shirt », « broche vintage chinée dans une brocante » et « accumulation de bracelets au poignet ». Je possédais plein de bijoux pas chers du tout même si parfois assez précieux ou rapportés des quatre coins du monde, dans lesquelles piocher me semblait le comble de la créativité et de l’expression personnelle. J’ai un peu de nostalgie pour cette époque, pour cette idée du style, car c’est vrai que c’était fun et joli. Mais bon, j’ai tout gardé pour mes filles et je suis passée à autre chose. 

C’est drôle car il y a encore un an, je « mettais » des bijoux, au sens où je les ajoutais à ma tenue. J’ai toujours bien rangés mon gros sautoir Marni ou mon espèce de chaîne Margiela hyper conceptuelle qui attendent d’être portés, je les trouve fabuleux lorsque je les regarde, mais je n’arrive plus à me décider à les mettre. A chaque fois je me dis : à quoi bon ? Car c’est vrai, les bijoux posent tout de même la question du pourquoi, et dans ma vie d’auteur free-lance, qui en plus évite les soirées, et rechigne toujours à se mettre sur son 31 pour sortir… ils ne s’imposent pas réellement.

Donc oui, je n’ai plus envie de « mettre » des bijoux, ce côté « je m’apprête », ça ne me ressemble plus du tout, et j’ai du mal à légitimer ça dans ma vie. Je n’aime pas en mettre… mais j’aime bien en avoir. Nuance ! Du coup les miens, aujourd’hui, sont ceux que je peux porter en permanence et qui me suivent la nuit pour dormir, le matin dans la douche… Discrets, donc, solides, aussi ;) Et dotés d’une valeur sentimentale qui rend légitime que je les trimballe tout le temps avec moi. Ce qui donne : au cou, une chaîne que m’a offert ma maman pour mon anniversaire il y a deux ans, puis une autre qu’elle m’avait rapporté de brocante quand j’étais ado et que je n’avais pas trop porté à l’époque, à laquelle j’ai accroché un pendentif qui me vient de ma grand-mère. J’aime bien car ils surgissent (ou pas) de mon t-shirt ou de mon pull sans que j’y fasse attention, Jeanne-Aurore n’ayant par exemple remarqué la chaine avec le pendentif qu’au bout d’environ un an ! Ensuite, il y a les deux bagues que m’a offert mon homme. Depuis décembre, un cordon tout fin agrémenté de quelques perles que m’a donné ma copine Laetitia. Et puis une « parure de main », expression que je trouve assez nase, mais bon, qui désigne une espèce de bracelet se prolongeant sur la main, comme les bijoux du Moyen-Orient. Zéro valeur ici à vrai dire, ni sentimentale, ni financière, c’est le modèle le moins cher de la créatrice Jacquie Aiche, que j’avais découvert par hasard sur le Net, et dont j’avais trouvé les créations follement chouettes : donc là en fait, c’est juste pour faire ma crâneuse ;) D’ailleurs ça fonctionne, on me complimente souvent dessus. Il serait logique aussi que je mentionne ma montre, je la porte tous les jours, même si je ne dors ni ne me douche avec. Et puis, que je ne mets pas systématiquement, mais presque, ce bracelet Hermès que tu m’as donné, toi, Jeanne-Aurore, et que toi-même tu tenais de ta mère : j’aime bien ce genre de trajectoire, sinueuse, et puis… j’aime bien avoir un peu de toi à mon bras ;)

Sinon, pour expliquer la photo ci-dessus : j’ai toujours eu le fantasme de porter un diadème. Mais je renonce, il me gênerait pour dormir, et ne serait pas du tout pratique pour la douche.

jeudi 26 février 2015

"Difficile"

Christy Turlington par Fabrizio Ferri pour Mirabella (Juillet 1993)
Source


Vous voyez cette scène dans Quand Harry Rencontre Sally quand Billy Crystal explique à Meg Ryan qu'elle est "grand train", bien qu'elle soit persuadée d'être une fille toute simple ? Et bien figurez-vous que je suis, moi aussi, une fille "grand train". Ou en tout cas, c'est ce qu'on m'a fait remarquer récemment. Je faisais un tour dans une boutique que j'aime bien, où il se trouve que j'ai ces derniers mois acheté quatre vêtements qui sont devenus des basiques de mon armoire (un pantalon noir, un jean slim, un pull, un top pour le soir). Et que lors de ces achats, j'ai fait ce que je fais toujours désormais : j'ai essayé, médité, reposé, pris le temps de réfléchir et suis revenue une second fois réssayer avant d'acheter définitivement. Et me voilà donc qui fait justement cela dans la boutique : je médite, j'essaye, je pense, et je n'achète rien car rien n'est exactement ce dont j'ai besoin ou ce que j'aime. En rapportant les vêtements au vendeur, le voilà qui laisse échapper "Ah vous ne prenez rien ? Mais oui, je me souviens, vous êtes difficile." Je ne réponds rien, car je n'ai aucun sens de la répartie (vous vous souvenez de Meg Ryan dans Vous avez un message qui explique à Tom Hanks qu'elle n'a aucun sens de la répartie ? Comment ça je devrais arrêter de revoir tous les Meg Ryan quand je suis clouée au lit avec la grippe ?) mais durant toute la journée, je repense à ce "difficile". Il commence par m'énerver, ce mot. Comment ça moi, difficile ? Moi la fille dont les plats préférés ne sont autres que les ultra-basiques oeuf à la coque et Petit Suisse à la confiture de fraise. Bon, il se trouve que l'oeuf doit être absolument cuit comme je l'aime (5 minutes) et que je suis tatillonne en matière de confiture.

Au déni a donc succédé l'acceptation. Ok, j'avoue, je suis difficile (comme dirait notre copain Oscar Wilde, "J'ai les goûts les plus simples du monde, je me contente du meilleur"). Et à l'acceptation a succédé à nouveau l'énervement. Je suis difficile, et alors ? Ca te pose un problème, mec ? (Tiens, voilà ce que j'aurais dû répondre. Enfin, si j'avais le sens de la répartie. Ce qui n'est pas le cas.) Et puis, l'énervement retombé, la réflexion a pu se faire. Est-ce bien un si vilain défaut que d'être difficile ? D'être un peu "Princesse/Prince au petit pois" ? Est-ce si terrible de se montrer minutieux dans le choix de ce qui nous entoure ? Dans le choix de ces marques, objets, enseignes, pratiques, que nous choisissons de soutenir (ou pas) en leur donnant notre argent en échange d'un achat, d'un service ? Ne gagnerions-nous pas au contraire à être encore plus difficiles, en tant que consommateurs ? 

Et est-on difficile quand on prend le temps de méditer un achat ? Ou tout simplement avisé et/ou affirmé dans ses goûts ? Est-ton pénible ? Peut-être, oui, pour le vendeur qui préfèrerait une vente plus facile (et je peux le comprendre, j'ai travaillé comme vendeuse et c'est un métier qui, à bien des égards, est, justement, difficile). Est-on tout simplement un peu à rebours, en décalage des pratiques de consommation actuels qui tendent, toujours plus, à provoquer l'impulsion, le coup de coeur ? Ce n'est peut-être pas si mal après tout d'être en décalage. Difficile, une qualité ? En tout cas, je crois, un suite inévitable dans sa manière d'être quand on se met à repenser son armoire. Une lectrice, Jicky je crois, commentait après mon post sur la capsule wardrobe que "moins on achète, moins on achète". Et c'est vrai. Une fois que l'on a commencé à être difficile, une fois que l'on a vu combien c'était aussi une arme redoutable contre les techniques de vente "pushy" (rêvons un peu : ce vendeur n'était-il pas au fond totalement admiratif, avec son "difficile", en reconnaissant mon inflexible détermination d'acheteuse à la volonté de fer ?), il n'est plus possible de revenir en arrière. Et ça, grand train ou pas, c'est franchement une sensation très cool.


Jeanne-Aurore





mardi 24 février 2015

Question-réponse : Bijoux or not bijoux ?

Michelle Pfeiffer par Bruce Weber pour le Vogue US (Octobre 1989)
Source



Laure  à Jeanne-Aurore : Parle-nous un peu de ton rapport aux bijoux, je sais que dans ce domaine, tu es carrément plus qu'essentielle... 


Jeanne-Aurore à Laure : Cette question tombe à pic, cela faisait un moment que je voulais parler de bijoux ici, mais sans trop savoir comment prendre la question – reflet sans doute de ma relation amour/haine à ce type d’accessoires. J’avais évoqué déjà dans ce post mon rêve du gros bijou signature porté avec une silhouette minimale. Mais la vérité c’est que pour moi, ce type de silhouette demeure bien de l’ordre de la rêverie, de l’inaccessible. Je me fantasme Sade – jean 501 délavé, chemise blanche, immenses créoles graphiques – alors que la vérité est que dès que je porte un bijou un tant soit peu volumineux, par exemple un bracelet type manchette, catégorie de bijou que je trouve absolument sublime, je finis par l’enlever au bout d’une heure (là vous devinez sans peine la dizaine d’erreurs d’achats de manchettes revendues ou redonnées ensuite, avec toujours cette même constatation : je n’arrive pas à les porter sereinement).

Comme beaucoup de petites filles, je crois, j’ai grandi absolument fascinée par les boites à bijoux et les bijoux des femmes qui m’entouraient. C’est là la force du bijou, son aspect intime, porté à même la peau : il nous touche, à tous les sens du terme. Broche en faux rubis à laquelle je repense si souvent car elle m’évoque mon arrière-grand-mère, médaille de baptême de ma grand-mère , bagues de ma mère : ces bijoux ont accompagnés mon enfance, vivent dans mes souvenirs. Je les ai admirés sur ces femmes aimées, souvent essayés (aujourd’hui encore je demande souvent à ma mère de passer ses bagues, pour voir ce que ça donnerait sur moi) – mais je crois que quelque chose en moi est toujours resté « enfant » face aux bijoux. Je les regarde de loin, comme appartenant à un monde étrange, fascinant, mais qui d’une certaine manière n’est pas le mien. Longtemps j’ai cru y voir un rapport problématique à ma féminité, un refus à vivre mon état de femme pleinement – comme si être une femme, adulte, une « grande », c’était porter des bijoux, se sentir à l’aise avec eux. Aujourd’hui, je pense les choses différemment.

Bien sûr, ado, il y eut bijoux à gogo. C’était ma période Madonna, bracelets en plastiques, boucles d’oreilles Snoopy, bracelets brésiliens et grosses bagues que je me fabriquais moi-même. Mais là encore, il y avait encore quelque chose d’enfantin avec le bijou. Je me déguisais, je  ne prenais pas ça au sérieux, tous ces bijoux étaient du toc. Ca m’est passé. A la fac, tentative du bijou en vogue à l’époque : le piercing au nombril. Mon corps devait sentir que ça n’était finalement pas mon truc : je fais une énorme allergie à l’anneau et suis obligée de l’enlever au bout de deux mois. Je porte encore aujourd’hui la cicatrice, rappel qu’entre les bijoux et moi, c’est compliqué. La fin des années 90 et la vague minimaliste me donne enfin la sensation que je peux pleinement vivre sans bijou : sur mon idole Carolyn Bessette Kennedy, pas le moindre bijou si ce n’est de temps à autres une montre Cartier ou une très simple paire de perles d’oreille, et pour autant elle exprime une hyper-féminité. Idem la Meg Ryan de Vous avez un message qui porte juste une montre, et c'est tout.

Bien sûr, j'aurais pu en rester là et assumer ce parti-prix. Bien sûr, les choses se sont passées autrement. Car - comme avec mes goûts ultra-simples en matière de garde-robe - je n'ai pas réussi à assumer, j'ai déraillé. Avec l'arrivée de la fast fashion et des géants comme H&M, j'ai fait comme tout le monde : acheté des bijoux comme on achète une baguette, porté des grands sautoirs et des broches pour faire comme Carrie Bradshaw, alors que je savais au fond de moi que mon rêve était de porter seulement quelques discrets et durables bijoux signatures, toujours les mêmes. Voire pas de bijoux du tout.

Ce qui nous amène à aujourd'hui. Et à ce que je porte au quotidien. Une paire de brillants d'oreille. Une alliance. Une montre. Ces bijoux ont pour point commun de m'avoir été offerts par des êtres chers et de commémorer des moments heureux. Ils sont un rappel, un message - comme peut l'être un tatouage pour certains. Je ne les envisage même plus sous la forme de l'ornement, de l'apparat, mais comme des parties de moi. Il m'arrive de ne pas les porter - souvent je ne porte que ma bague - mais les perdre ou m'en séparer serait un vrai drame, et non en raison de leur valeur véritable, mais en vertu de tous les souvenirs chers qui y sont rattachés. C'est peut-être là la raison de mes relations compliqués aux bijoux : j'ai besoin qu'ils aient un sens, qu'ils soient porteurs de tendresses, passeurs de mémoire. Avec eux, je n'arrive pas à être frivole ou volage : je les envisage comme un engagement à vie. Mais j'ai fait ma paix avec ça : je continue à prendre un plaisir fou à admirer les bijoux sur les autres et à vivre, moi, avec ce trio bague/boucles/montre qui me suffit.


P.S. : Mais au fait, toi, Laure, ça ne te dirait pas de nous parler de ton propre rapport aux bijoux ?



mardi 10 février 2015

Une bonne fois pour toutes



A les pratiquer à haute dose depuis 2008, date de mon premier grand nettoyage d’armoire et d’appartement, je pensais avoir tout bon en matière de tri et rangement. Ceinture noire de boîtes Muji, pro des rotations de garde-robe saisonnières, toujours prompte à donner des leçons d’ordre aux habitants de mon logis (même et surtout quand ils ne m’avaient rien demandé), voire à trier leurs affaires à leur corps défendant, je me trouvais absolument formidable. Quelle fille organisée je faisais. Sauf que je sentais bien qu’un truc ne tournait pas rond. Etaient-ce les tris perpétuels auxquels je m’adonnais qui, jamais, ne semblaient devoir trouver leur terme ? Etaient-ce ces affaires non classées dormant à l’abri des regards (mes classeurs de paperasse négligés, la partie supérieure de mon armoire débordant d’affaires  « à donner/vendre quand ce serait la saison », ces photos en entassées dans une boîte, encore une...) ? Au fond, j’étais devenue un peu Jekyll & Hyde.

Et puis, à Noël, mon amie Jennifer me parle de « The Life-Changing Magic Of Cleaning Up », un petit bouquin devenu culte, écrit par une Japonaise qui sous ses dehors charmants (tailleur pastel et sourire sage à voir en quatrième de couverture) est en réalité une Rambo du rangement. Avec elle, pas de quartiers. Le tri n’est pas une affaire de poule mouillée, mais bien une mission à mener méthodiquement, une bonne fois pour toutes, en arrêtant de s’éparpiller, de trier pièce par pièce (le meilleur moyen de ne pas prendre conscience de ce que l’on possède réellement), et en renonçant au miroir aux alouettes de jolis rangements (cf. mes amies les boîtes Muji et ces dressings si séduisants du catalogue Ikea) ou des rotations saisonnières. Et puis, et c’est cela le cœur de son livre, elle évacue toutes les questions que l’on est habituellement invité à se poser face aux affaires à trier au profit d’une seule interrogation : cet objet m’apporte-t-il de la JOIE ? Et la joie, quand on y réfléchit bien, c’est un sacré sentiment. La joie ce sont les papillons dans le ventre, le vertige du bonheur, Keanu Reeves dans« Point Break ». Autant dire qu’il y a fort à parier que peu de nos possessions nous apportent cette sensation-là.

Après avoir lu et relu le livre de MM (Magic Marie) durant les vacances de Noël, j’ai décidé de démarrer l’année avec sa méthode. Le vendredi 2 janvier, j’ai vidé mon appart de tous ses occupants et, parce que Marie dit que c’est par cette catégorie qu’il faut commencer, me suis attaquée à mes vêtements. Radicalement fidèle à ce qu’elle préconise, j’ai TOUT sorti. Mes dessous et chaussettes, les affaires que je portais, celles que j’avais remisées en vue de les revendre, mes sacs et chaussures. Et là, le choc. Moi qui dans les faits vivais avec une micro capsule, j’ai dû me rendre à  l’évidence : le contenu de mon armoire recouvrait toutes les surfaces de ma chambre. Passée la sidération, j’ai entrepris le tri-à-la-Marie. Qui implique de prendre chaque vêtement un par un dans ses mains et de se poser la question : « est-ce que ceci m’apporte de la joie ? ». Si la réponse est oui, on met de côté et l’on passe à un autre. Si c’est non, on le remercie (mentalement ou à haute voix, selon le degré d'interaction dont on se sent capable avec un objet inerte) pour ses bons et loyaux services. Car selon Marie, l’erreur d’achat ou le mauvais vêtement n’existe pas. Un vêtement acheté et jamais porté ou qui finalement ne nous apporte aucune joie ? Soyons-lui reconnaissant d’avoir tenu son rôle -  nous apprendre que ce type de coupe/couleur/style n’était pas pour nous – et rendons-lui sa liberté sans animosité.

Sans surprise, mon tri m’a appris ce que je supposais déjà. Que les vêtements et accessoires de ma « capsule » portée au quotidien sont ceux qui me rendent heureuse. Que ceux sur lesquels je butais (au hasard, mon trench-coat) n’avaient pas leur place dans mon armoire et que cela n’avait rien d’un drame. « Tous vos vêtements ne sont pas destinés à être portés jusqu’à la corde », écrit MM. C’est vrai, et je n’avais jamais vu les choses sous cette angle-là. Peut-être parce que lorsque l’on cherche à constituer sa garde-robe idéale, découvrir qu’un vêtement qu’on pensait garder à vie n’est finalement pas pour nous sonne comme un échec. Or, y a-t-il vraiment échec ? On a tenté sa chance, on a constaté que ce n’était pas ça, où est l’échec là-dedans ? Qui  ne tente rien n’a rien.

J’ai donc gardé les vêtements dont il suffit que je les regarde ou les effleure pour qu’ils me donnent envie de les enfiler. Je me suis séparée de ceux qui ne me procuraient pas cette sensation mais, pour la première fois dans un tri, sans la rage au cœur de celle qui s’en veut ou la précipitation de celle qui veut se débarrasser au plus vite de son surplus. Je me suis sentie chanceuse d’avoir eu l’occasion de pouvoir m’offrir ces vêtements, chanceuse de pouvoir m’en défaire aujourd’hui. Je les ai pliés soigneusement, et suis allée immédiatement chez Emmaüs pour faire don de la majeure partie, et j’ai consigné le reste dans un dépôt-vente de mon quartier.


Depuis, mon armoire à laquelle je pensais finalement si souvent (en me demandant comment l’optimiser, comment mieux y caser des boîtes de rangement) n’est plus tellement dans mes pensées. Elle vit sa vie et, vidée de ce qui ne lui apportait rien, elle m’a révélé des surprises, comme par exemple cet espace désormais dégagé où je vais pouvoir stocker ma couette d’hiver hors saison (la veille de mon tri je me lamentais sur l’absence d’endroit où la stocker). Mes boîtes en tissu Muji, je les ai données. J’ai rangé un maximum d’affaires en adoptant la philosophie de MM (plier et rouler les affaires façon sushi dans un jeu de tiroirs plutôt que les empiler) et, d’une certaine manière, je suis passée à autre chose. Par exemple au tri de ma paperasse que, pour la première fois de ma vie, j’ai affrontée la joie au cœur. Et ça, franchement, je  ne l’aurais jamais cru possible…


Jeanne-Aurore


EDIT : Le livre de Marie Kondo sera disponible à la fin du mois en français sous le titre "La magie du rangement".


lundi 9 février 2015

La citation du lundi


« J’utilise zéro produit de beauté. »

Toulou Kiki, la (très belle) actrice de Timbuktu, dans Elle

vendredi 6 février 2015

Mon bilan « Armoire essentielle » de l’année 2014

Source

J’avais déjà fait un bilan l’année dernière, avec des objectifs à tenir si possible. Ai-je été une bonne élève durant ces douze mois ? (Je mets tout de suite fin au suspens : non ;))


Où j’en suis il y a 1 an

• J’ai passé les mois précédents dans une attitude d’achat relativement monacale, avec de très enrichissantes expériences de tri, de revente et de capsule wardrobe. Je suis plutôt en paix avec ce que je possède.

• Je n’ai a priori ni envie ni besoin de plus, d’autant que j’ai bien compris que trop souvent, les ajouts me plongent en plein brainstorming plus qu’ils ne me font réellement plaisir. 

• J’ai la certitude d’avoir réglé mes problèmes de shopping compulsif en m’étant enfin trouvée et acceptée, et en ayant réinvesti mes émotions dans ma nouvelle maison que j’aime d’amour.


Janvier 2014

• J’ai une envie : en revenir à cette époque où je m’offrais un joli vêtement (un seul) et le portais en toutes circonstances. Mon choix se fixe sur une blouse en soie Vanessa Bruno que, effectivement, je mettrai à toutes les sauces durant les six mois suivants. 

• Sauf que le même jour, grisée par les soldes, je fais une erreur d’achat dont j’ai parfaitement conscience sur le moment et que pourtant je n’arrive pas à éviter : c’est la marinière Ba&sh en cachemire, j’en ai parlé ici. J’en serai hyper chagrinée et considérerai ce moment comme un véritable échec personnel (je suis un peu drama girl ;)).

• Après un concert de Lou Doillon, je retourne dans mon dépôt-vente favori en quête d’un manteau d’homme demi-saison et un poil oversize (comme celui qu’elle a sur scène). J’en trouve un Maje qui est parfait, que je continue à mettre régulièrement, et qui est donc un bon achat.

• Mais… comme il semble que j’ai réellement du mal à m’arrêter à juste ce qu’il me fallait, j’ajoute un pull noir certes joli mais dont je n’ai évidemment pas le moindre besoin. Ah ben zut, moi qui croyais avoir progressé pour de bon. Conclusion : peut mieux faire…


Février 2014

• Les mois précédents, j’avais acheté plusieurs paires de baskets simplement parce que je n’osais pas m’offrir celles dont je rêvais réellement : des Pierre Hardy montantes. Je me les autorise enfin, et parce que je les trouve en soldes sur Internet… j’en prends deux paires. Autant dire qu’une seule (la première, la bonne) aurait suffi largement. 


Mars 2014

• Je progresse, puisque mon seul achat consiste en un accessoire, 1, pas très cher, et 2, parfaitement réfléchi, puisqu’il correspond à un besoin (il me faut un petit sac en bandoulière pour partir en vacances) et que Jeanne-Aurore m’aide à le choisir (son regard est impitoyable, gare). Il s’agit de ce modèle & Other Stories que j’ai montré là.


Avril 2014

• Je renouvelle mes K. Jacques, je renouvelle mes Converse, et je renouvelle mes Vans. Trois paires de chaussures d’un coup, cela peut paraître excessif, mais dans la mesure où je les rachète parce que les précédentes avaient été portées et reportées… ça me va. 

• Ce qui me va moins, c’est l’erreur d’achat que je fais dans ce satané dépôt-vente. J’y vais pour trouver une veste noire, que je trouve, et qui me donne totale satisfaction. Mais plutôt que de m’arrêter là, je jette mon dévolu sur une veste Carven aussi spectaculaire que difficile à porter. Zéro pointé ! 


Juin 2014

• Je viens d’apprendre que dans un mois, je partais vivre à Los Angeles. Et cela… avec rien qu’une valise sous le bras. Je prépare ma capsule wardrobe d’exil avec l’aide précieuse de Jeanne-Aurore. J’adore ce travail sur moi-même (qui ai-je envie d’être durant les six prochains mois ?) et ce shopping dans ma garde-robe.  

• Je vends pas mal de vêtements sur Vide Dressing, un peu de sous, ça aide à faire passer la pilule de l’erreur d’achat. Même si, à multiplier les aller-retour à la poste avec mon rouleau de gros scotch, je me dis que le mieux serait plutôt de me réfréner en amont ;)

• Je développe une théorie idiote : arriver dans ma nouvelle vie de l’autre côté de l’Atlantique avec des choses nouvelles « sur lesquelles j’ai un regard frais » (si si, je vous assure). C’est comme ça que j’achète des claquettes Sandro et une marinière Petit Bateau extrêmement dispensables.

• Une pièce que je ne regrette pas, en revanche : une jupe COS très ample, vue en photo ici d’ailleurs, et qui correspond à cette nostalgie du jupon longueur mi-mollet qui me hante depuis le début des années 2000 (moment où il a été éjecté de la fashion).  


Juillet-août 2014

• Je suis déjà en Californie, mais pas pour y mener mon quotidien, je suis en vacances : or, j’achète rarement en vacances (comme quoi moins de stress + le regard omniprésent de sa famille sont de bons garde-fous). Ma seule et unique dépense est motivée par un besoin véritable : c’est ce pull J. Crew, un excellent achat.  

Je vis avec peu de vêtements, les premiers qui sortent de ma valise, et je n’ai jamais été aussi bien… Une leçon que je m’efforce de méditer. (C’est même pour ça que je l’ai soulignée ;))


Septembre

• Tout mon temps et mon énergie sont consacrés à perfectionner mon nouveau home américain. Je suis très heureuse de piocher dans ma capsule wardrobe qui se suffit totalement à elle-même. Je joue les touristes dans ma nouvelle ville, et tiens tiens, je découvre une chouette chaine de dépôts-ventes… Premier craquage : une paire de sandales Marni qui date probablement des années 90. Je la trouve un peu trop vintage, mais puisqu’elle coûte 25 dollars… (typiquement le genre de raisonnement à éviter). 


Octobre 2014

• Moi et les dépôts-ventes… c’est une vieille addiction ! Et qui, en général, finit mal (toutes proportions gardées). Plusieurs petites choses achetées ce mois-ci, dont seulement deux de réellement incontestables (un t-shirt noir James Perse, exactement celui dont je recherchais quand j’étais entrée dans le magasin, et une robe imprimée).  


Novembre 2014

• C’est le mois du grand n’importe quoi. Est-ce parce que je déprime un peu dans la ville des desperate housewifes ? Que même un vêtement griffé coûte 20, 30, 35 dollars à tout casser ? Ou que ma capsule wardrobe me semble un peu trop vue et revue ? Toujours est-il que, dans mon dépôt-vente, j’achète une bonne douzaine d’articles, quand bien même je n’ai besoin de rien… Ah si : un jogging, que j’achète, très bien. Mais pour ce qui est des sandales en taille 38 alors que je fais du 37 (absurdité récurrente), du pull en laine Sonia Rykiel à manches courtes ET avec des détails rose fuchsia…

• Je suis tellement à l’ouest que je repars même du Goodwill avec une robe que je n’essaie même pas, au seul prétexte qu’elle est signée Catherine Malandrino (designer qui a eu son heure de gloire il y a une dizaine d’années) et qu’elle est étiquetée 7,50 dollars. Ce n’est pas la dépense qui me mortifie à peine sortie. C’est… la bêtise du raisonnement, celui que j’avais il y a quinze ans, quand je me disais que « Le tombé, on s’en fiche, suffit de faire blouser avec une ceinture, d’enfiler un col-roulé dessous et ça ira très bien » (plus du tout moi, ça).    

• Bon, tout n’est pas non plus à jeter. Dans mes trouvailles, un pantalon cigarette Alexander Wang en flanelle avec empiècements de cuir, juste génial. Une chemise Theory oversize, blanche à rayures banquier, une autre Equipment plus cintrée, aux carreaux de bûcheron… J’aime bien que mon armoire s’ouvre à de nouvelles marques que je ne connaissais que de loin.


Décembre 2014

• Le trop-plein d’achats des mois précédents m’a fichu un sacré mal de crâne : que garder, que donner, quand et comment porter mes nouvelles acquisitions, et comment ne pas délaisser totalement les anciennes… Et puis je me sens idiote, capricieuse et dépensière. Tout le contraire de l’effet feel good que l’on attend en général d’un vêtement. 

• Je rentre à Paris pour les fêtes. J’ai prévu de shopper dans ma propre armoire et d’emporter quelques pièces ignorées en juillet : sage idée… 

• J’ai tout de même une petite liste que je me fais un plaisir d’honorer : une paire de « Gazelle » d’Adidas et une jupe droite chez COS. Ce sont des achats longuement mûris, qui ne correspondent pas à des désirs subits. Ils me nourrissent plus que dix achats coups de tête. 


Où j’en suis en janvier 2015…

• J’ai moins l’impression d’avoir passé l’année dans les tris. Les erreurs d’achat, je les ai reconnues très vite, et je les ai assez facilement éjectées. Elles me disaient surtout de travailler sur mon mental plutôt que sur mon armoire et d’arrêter les jugements à l’emporte-pièce et les prises de décision impulsives.

• Je suis moins catégorique qu’il y a un an quant au fait d’avoir réglé mes problèmes de shopping compulsif. J’imagine même qu’ils me poursuivront toute ma vie ! Mais par crises. 

• Je n’ai évidemment pas résolu mon dilemme ancestral entre capsule wardrobe rigoureuse et garde-robe bien fournie : je veux les deux ;)

• Je dois me fixer une règle avec les dépôts-ventes : ne plus y passer « pour voir ce qu’il y a » mais pour y chercher quelque chose de précis. Juste avant de rentrer à Los Angeles, je suis retournée dans mon dépôt-vente parisien. Je m’étais dit : un pantalon noir, et rien d’autre. Je n’ai donc rien pris d’autre. Bon, j’en ai juste pris deux… ;)

Laure


mardi 3 février 2015

Words



Tel Jean-Claude Van Damme, notre ami aware, lorsque les illuminations me viennent, c’est bien souvent en anglais. Je n’y peux rien, c’est comme ça, sûrement de vieux relents de mes études de littérature anglo-saxonne à La Sorbonne et de mes heures passées devant les films de Merchant-Ivory à apprendre toutes les répliques par cœur (vis ma vie de nerd dans les années 80). Et récemment, alors que je marchais dans la rue (endroit où les illuminations me viennent le plus souvent, tout comme sous la douche – évidemment les endroits dépourvus de Post-It), me sont venus ces mots-ci.





Dans un récent billet, Laure et moi évoquions la page blanche qui peut accompagner une armoire enfin apaisée. RAS, tout va bien, circulez y'a rien à dire. Et c'est vrai, que raconter sur une armoire qui va bien, qui fonctionne ? Que dire quand il n'y a plus d'erreur d'achat ? Car, soyons honnêtes, il y a une forme de jouissance dramatique à se lamenter sur son sort vestimentaire. On adore tous faire ça. Se plaindre de nos plantages homériques, de nos compulsions machiavéliques, de nos drames de jeans. SOS fringues, j'écoute. Combien de discussions entre copines sur le sujet ? Combien de posts sur nos blogs ? Mais, du coup, quand ça va bien, personne n'en parle. Comme si c'était nul, comme si c'était inintéressant. La félicité serait donc barbante ? La paix trop... paisible ? 

Mais me sont quand même venus ces mots, des mots qui me semblaient refléter ce vers je quoi je tends avec mon armoire, mes cinq "s" : streamlined (épure), sincere (sincérité), serene (sérénité), slow (lenteur), soft (douceur). Cinq valeurs que je voudrais voir dans mes habits, mais aussi ma vie. C'est sûr, c'est un peu barbant tout ça. Pas très rock'n'roll. Ne m'en veuillez pas, je suis vieille, je fête mes 40 ans dans quelques semaines, je suis bloquée dans les nineties, je crois que j'ai passé mon tour pour le côté rock. Allez, hop, une tisane et au lit. J'ai en effet envie d'épure, de sincérité, de sérénité, de lenteur, de douceur. Pauvre de moi : comment vais-je réussir encore à écrire, vous écrire, quand tout semble glisser comme sur des roulettes ? Car avec une armoire apaisée, le risque est fort de virer fière de soi. Mate-moi ça, mec, comment je suis bien apaisée de l'armoire, c'est pas la classe américaine ? Ca, c'est un coup à se faire détester.

Sauf que, et j'en ai déjà parlé un peu  ici, une armoire apaisée ne veut pas dire que tout est réglé. Déjà, on se heurte à la révélation suivante : l'armoire idéale n'existe pas. La vie idéale non plus, celle qu'on aimerait atteindre au travers de ladite armoire. La fringue idéale est tout autant une illusion. Tout au mieux peut on espérer atteindre une forme de tendresse envers soi-même, une douceur ("soft") qui nous ferait prendre tout ça - son identité, son placard, ses amis, ses amours, ses emmerdes - avec un peu plus de calme ("serene"). Tout au mieux peut-on espérer épurer ("steamlined") ses idées reçues, ses bagages émotionnels. Tout au mieux peut-on prendre davantage le temps ("slow"), d'être un peu plus sincère ("sincere") envers soi-même. Un pull va-t-il changer notre vie ? Non. Doit-on pour autant renoncer à trouver celui dans lequel on  ne se sentira pas trop mal ? "Hell, no", dirait Jean-Claude. Alors je crois que je vais continuer à écrire, à chercher les mots, pour parler de mon armoire apaisée. Sachant que les drames et rebondissements ne sont jamais loin, comme le sait tout bon scénariste. Au prochain épisode, donc : mon erreur d'achat des soldes, qui n'en est pas une.

Jeanne-Aurore



lundi 2 février 2015

L'inspiration du lundi : 90s Cameron Diaz


source

Ce qu'il y a de rassurant, c'est que je peux toujours compter sur les nineties. Autant le tapis rouge et les séries mode actuelles me laissent de marbre, autant en tapant "Cameron Diaz 90s" sur le moteur  de recherche de Pinterest, et me voilà excitée comme une puce, avec une armoire essentielle composée en moins de deux secondes. Le col-roulé à cotes épaisses et manches ultralongues ? Check. La jupe en jersey multifonctions (habituellement je ne suis pas une fille à fente, mais là, ça marche) ? Check. Le total-look pantalon chaussures plates ? Check. La coupe de cheveux pas prise de tête ? Check. Je dirais même plus : le Matt Dillon période "Mary à tout prix" ? Check.

Super inspired by 90's Cameron Diaz and her take on preppy minimal.


Jeanne-Aurore



mardi 27 janvier 2015

Comment reconnaît-on que l’on est en paix avec sa garde-robe ?

Bruce Weber pour le Vogue Italie en 1998 / Source

• On arrête de fureter dans son armoire avec un regard mauvais et en poussant des « Grrr, qu’est-ce que je pourrais bien retirer… »

• On arrête d’y penser la nuit / en lisant un livre / quand on est censé bosser / au cinéma

• On ne compare plus sa garde-robe avec celle de l’héroïne du film qui se change à chaque scène ;)

• Et on ne rêve plus non plus de son armoire de la taille d’un loft

• On a aussi arrêté de vouloir un placard high-tech : une tringle, des cintres, quelques tiroirs ou une commode, ça suffit

• On n’a pas d’envie particulière d’aller faire les boutiques

• Mais on est d’accord pour y aller parce qu’on a un besoin réel et identifié

• On ne cherche pas d’idées de choses à acheter dans les magazines

• On sait qui on est et ce dont on a envie dans la vie et comment le mettre en œuvre

• Acheter un vêtement juste pour guérir un accès de mauvaise humeur ou faire plaisir à une vendeuse-cerbère est devenu une option improbable

• On trouve soudain très avant-gardistes ces personnalités qui disent « merde » au système en restant fidèles à leur style : Angela Merkel et ses vestes carrées, la Reine d’Angleterre et son Barbour, notre grand-mère…

• On préfère s’offrir une sieste plutôt qu’une paire de chaussures

• On devient philosophe : un vêtement perdu ou abîmé n’est plus un drame d’ampleur internationale

• On ressent moins la nécessité d’écrire sur ses problèmes de style ;)


Laure & Jeanne-Aurore

dimanche 25 janvier 2015

La citation du lundi


« J’use mes vêtements jusqu’à ce qu’ils soient irréparables. Pourtant, il n’y a pas de surplus dans ma garde-robe. J’achète peu, en choisissant très attentivement chaque pièce. »

Marina Hands dans Elle

Source photo + une autre interview intéressante Ici

vendredi 23 janvier 2015

Qu’est-ce que Los Angeles a changé à mon look ?

Bon : il se trouve que mon homme a eu envie de me prendre en photo en me voyant passer sous cette plante toute bizarre…

Peut-être est-ce parce que j’étais en plein Los Angeles à me promener avec une baguette de pain à la main (elles sont si rares ici que quand on en dégote une, on ne la lâche pas ;))… j’ai soudain pris conscience que je portais aussi des Converse + une marinière + un foulard à pois (= le parfait cliché de la frenchie). 

Je me suis demandée : est-ce que la ville a changé quelque chose à mon look ?

Oui et non. Ce qui est drôle, c’est qu’il y a un an, à Paris, alors que je n’étais pas du tout sûre de partir, je virais déjà Californienne, casual en jean retroussé et Vans à damiers. J’avais clairement le fantasme d’être ailleurs. Alors que maintenant que j’habite en Californie, je force sans le vouloir le côté Parisienne, qui me rassure autant que lorsque je parviens à dégoter du camembert, des Petit-Ecoliers ou quoi que ce soit de Français.

Malgré tout, fin 2014, j’ai quand même eu l’impression d’avoir été un peu contaminée par l’esprit Côte Ouest. Bon, je ne me suis pas adonnée au short en jean, ni aux Ugg ni au t-shirt qui dégouline. Mais j’ai acheté pas mal de choses inhabituelles pour moi : un sweat à message, un pull bariolé, et comble du comble, des sandales qui n’étaient même pas des K. Jacques ;) 

Tout ça, je l’ai regretté très vite. Dévier de mon style ne me satisfait jamais plus que le temps d’un court frisson (en général : dans le magasin). Donc, est-ce que la ville a changé quelque chose à mon look ? Hormis des évidences comme le fait que, quand il fait 35 degrés trois mois de suite, je deviens abonnée aux robes aériennes… disons qu’elle a essayé, mais que, comme je le dis souvent, où qu’on aille, on reste la même personne : donc Parisienne un jour… Parisienne toujours !

Et je garde la baguette de pain en it-accessoire.

Laure