mercredi 26 février 2014

Le principe du portefeuille


Il y a fort, fort, fort longtemps,  j'étais une acheteuse moins névrosée, et par conséquent plus avisée. A cette époque, acheter ne représentait pas une forme de thérapie, je ne recherchais pas à voir mon ego valorisé par un vendeur en quête de commission, je savais (plus ou moins) qu'un vêtement n'allait pas changer ma vie. J'achetais quand j'avais un besoin précis. Et quand ma motivation était un peu plus futile, je prenais quand même le temps de réfléchir à cet objet dont j'allais me faire le cadeau, le choisissant non pour son attrait fugace mais parce que je le trouvais vraiment bien fait, vraiment, durablement beau. C'est ainsi qu'il y a plus d'une décennie, j'ai fait l'achat de ce portefeuille. Je me souviens encore du jour où je suis entrée en sa possession, dans la boutique (aujourd'hui disparue) de la marque miu miu rue de Grenelle. L'achat m'a marquée car je l'ai délibéré pendant de longues semaines, en pesant le pour et le contre (son prix représentait un sacré montant pour la rédactrice débutante que j'étais), en venant le "renifler" à plusieurs reprises en boutique sans pour autant repartir avec. Cet achat avait pour but d'être le premier réalisé grâce à une augmentation, ma première augmentation de mon premier "vrai" job, et d'ailleurs, depuis, je l'appelle toujours "le portefeuille de l'augmentation". Cet argent bonus, mon moi plus âgé aurait sûrement eu soin de le claquer immédiatement en idioties aussitôt oubliées. Mais mon moi plus jeune a fait le choix de cet achat, et je l'utilise depuis chaque jour. Il a été jeté sans ménagement dans mes sacs, a reçu de l'eau, de la nourriture et un milliard d'autres trucs dessus. Et pourtant, plus de dix ans après, pas une égratignure, pas un signe de lassitude, je l'aime et le trouve beau comme au premier jour, encore plus beau car il a perdu la raideur du neuf. Cette longue digression pour dire que, au regard de mon nouveau projet "Armoire 2.0.", c'est exactement cette manière d'acheter que j'ai envie de retrouver. Une manière calme, posée, qui prend le temps de laisser monter la frustration pour mieux savourer, sur le long terme, l'achat. Bref, je veux faire du shopping comme quand j'avais vingt ans.


A long time ago, I was a less neurotic and therefore smarter shopper. In those days, I did not use shopping as therapy, or as a way to have my ego boosted by a salesperson, or to try and achieve some ideal image of myself. I shopped mostly when I needed something. And when my motives where less function based and more about treating myself, I would give a hard, long, thorough thinking about what it was that I wanted to treat myself with, buying something not because it was in fashion or flashy but because it was well made, and would pass the test of time. This is how, more than a decade ago, I came into possession of this pocketbook. It was bought at the (now defunct) miu miu shop on rue de Grenelle, to celebrate a pay raise I had obtained and thus earned, to this day, the nickname of "pay raise pocketbook". It was bonus money that my older, present self would probably have blown into mindless purchases, but my younger, smarter avatar bought this pocketbook after much deliberation, several reconnaissance trips to the shop and quite a few days spent thinking about how damn great it was. I waited, I drooled, I let myself the time to savour the expectation. And then I bought it, with much trepidation and joy. Now, more than ten years later, I still use it every single day. It has been tossed in many bags, has received water and food on it. And still, it’s pristine and much loved. So this long digression to say that, in light of my « Wardrobe 2.0.» project, I would like, from now on, to go back to shopping this way. With thoughfulness and patience. In short, with my twenty-something self in mind.

J.A.C.

4 commentaires:

  1. La question est de savoir ce qui t'a menée à cette "névrose" .... j'ai commencé à y répondre partiellement pour moi ici : http://simplicityisnotsoeasy.blogspot.fr/2013/06/de-linfluence-de-la-chaussure.html Paris a provoqué chez moi une folie consommatrice que je ne connaissais pas avant, accentuée par le montant de mes salaires, plus je gagnais plus je dépensais et moins j'éprouvais de plaisir dans mes achats. Heureusement aujourd'hui je me sens mieux, même si je commets encore parfois des achats malheureux reflet d'une impulsion soudaine et non d'une réflexion de fond. J'aimerais comprendre ce qui se cristallise autour de cette obsession de l'armoire, sommes-nous toutes mal dans notre peau pour focaliser à ce point sur nos vêtements ? Je suis ravie de quitter Paris d'ici quelques mois pour m'extraire définitivement de ce phénomène d'influences multiples et de sollicitations permanentes, cette ville rend fou ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est peut-être Paris qui rend fou en effet ;-) J'avoue me poser aussi beaucoup de question sur le sujet, sans avoir toutes les réponses (elles varient en effet pour chaque individu, je pense). Les hommes sont-ils vraiment moins névrosés sur le sujet ? A voir...

      Supprimer
    2. Je te recommande, si tu ne l'as pas encore lu, le très bon livre de Mona Chollet "Beauté fatale - Les nouveaux visages d'une aliénation féminine" ... je pense que ce phénomène est propre aux femmes en effet, la presse féminine effectuant un véritable travail de sape sur l'estime de soi.

      Supprimer
    3. Je ne l'ai pas lu, merci de la recommandation.

      Supprimer